TROP TARD TRÉSOR

« Quand les banquiers hypertrophiés de luxure 

Mendient

La prostituée sacrée de l’enfer

À tout poison la rouvre »
  • Josée Yvon, La chienne de l’hôtel Tropicana

 

 Ce texte, je l’ai écrit contre toute espérance. Portée par la colère. Pour toutes les chiennes de l’hôtel Tropicana, qu’on viole pis qu’on étouffe dans le confort et l’indifférence. Le dictionnaire d’la langue québécoise in my hands, pis les filles-missiles pas trop loin. Parce que j’refuse de vivre pognée entre la misère de ma frustration et mes fantasmes de révolution.  

Ya ben des smatts qui pensent que le mot culture du viol est inapproprié. Too much.

All right, mais moé, quand je r’garde le score des graines qui nous gouvernent. Comment ils nous enfoncent la pauvreté à grand coup d’austérité dans le cul pis dans yeule. Tout ce mépris des femmes en général, et des putes en particulier. J’pense que c’est d’une guerre dont il est question icitte. A kind of war contre le deuxième sexe. Bienvenue dans ce triste monde tragique où il est de bon ton de dire que toutes les femmes sont des salopes.

Je t’entends déjà me dire :

 « Wô les moteurs avec tes mots à cent piastres. Yé trop tard trésor. Le monde… Le monde est tanné d’entendre parler d’viol ! Anaway, on peut déjà en voir partout sur internet. Ton  6 décembre est oublié depuis longtemps, pis Marc Lépine nous fait pus un pli sua poche. À part de ça, le gros show, c’est pas icitte. C’est aux States qu’il se donne. Pis encore là, ça, c’tait le mois passé du.»

Écoute moé ben beubé chérie, j’ai jamais eu le sens du timing.  C’est pas aujourd’hui, ni l’an prochain que ça va commencer. Avec moé, c’est plutôt une question de feeling comme dirait l’autre.

Back in the days

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« Tu le vois lui, c’est Gerry Sklavounos. Tu t’en tiens loin. »

C’est de même qu’y accueillaient les nouvelles recrues au parti Libéral. L’agresseur d’Alice Paquet avait déjà la réputation d’être insistant. Déplacé. Et pis cruiser on top of it. Il suffisait de presque rien pour qu’a passe de victime à agace pissette dans l’opinion pubis. La nouvelle est sortie comme une tonne de briques un vendredi soir de fin du monde. L’article paru sur un  blog douteux tenu par un  coño  libertarien gonzo macho disait qu’a l’avait déjà été escorte. Comme quoi, la démocratisation de l’information, ça a pas rien que du bon. Reste que la fille a perdu toute crédibilité. Pis, l’affaire a finalement été étouffée pour de bon pas longtemps après. Sklavounos a été blanchi par un varlopage de fonctionnaires. La belle affaire.

Le dude est déjà connu comme un dangereux macho à contrôler, but you know, never trust an escort. Tout ce que les jambons en charge de commenter l’actualité ont trouvé à dire, c’est que les plotes devraient de payer une assurance contre le viol. Personne dain médias a expliqué que c’est c’te même gouvernement d’chien rat qui fait qu’il y a autant de femmes qui vivent de leur charmes dans la belle province.

L’offre et la demande version streetwise

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Ya ben des féministes qui disent que le concept de choix est overrated. Et j’en suis.             De Hoche-la-coke à Westmount en passant par Montréal-Nord et Val d’Or, la game est pas la même. Mettons qu’on part pas toutes avec les mêmes options. Quand j’ai commencé à faire l’artiste, devenir escorte seemed  like the good way. Pour l’argent sonnant, mais aussi pour mille et une autres raisons. Est-ce que mon choix aurait été l’même si j’avais été l’héritière d’une famille avec trop d’cash ? Mettons que j’ai des gros doutes, mais, ça reste le boulot qui m’a apporté le plus de jouissance dans la vie comme au lit.

Depuis que j’me fais aller la grande gueule au sujet d’ma job, t’as pas idée du nombre de personnes qui m’ont confié qu’elle avait déjà été dans l’industrie. Le nombre de fois où j’ai donné des conseils à du monde dans’ dèche. Parce qu’elles voulaient commencer à travailler right fucking now !  Most of them never walk the line pour toutes sortes de raisons, mais vendre son cul, ça a déjà passé dans la tête de toutes les femmes. Ou presque.

Faut être crétin pour pas catcher que les coupures des libéraux nous enfoncent directement dans’grosse misère. Quand le frigo est vide de chez vide. Que le salaire infinimum permet pas d’payer les bills, y’a pas rien que la mère monoparentale qui s’est fait couper l’B.S. qui se tourne vers la prosto d’fin de mois. Ya aussi des femmes ben ordinaires, et tout un paquet d’étudiantes. L’éternel double shift de l’escorte invisible. What a wonderfull journée d’Amérique !  Entre les stages non rénumérés during the day, pis l’agence by the night, 24 heures de combats.

C’est une battante croisée au détour de la Main de l’Est qui m’a fait comprendre le concept de l’offre et la demande version streetwise.

Faut dire qu’avec ces années de métiers dans le corps, elle en avait vu d’autres.

« Les tarifs ont baissé depuis quelques temps dans Hochelag. C’est pas rare de voir des pipes à 5 piastre.  Asteur, ils appellent ça l’austérité, mais c’est pas la première fois que j’vois ça. Dans le fond, c’est simp’; quand ils coupent partout, les filles perdent leur dayjob. Mais elles ont quand même une famille à nourrir. Ça fait qu’on s’ramasse à être plus sua’ rue. Quand les bonhommes ont le choix ils négocient. Pis y’a toujours une fille assez dans marde pour accepter une pipe à 5 piastres. »

Quand qu’a m’a conté ça, j’me sentais crissement privillégiée avec mes rates au-dessus de 200 piastres de l’heure. Mais dans l’fond…C’est same but different pour la game cochonne qui se joue sur internet. Mes collègues qui sont dans la buisness depuis plus longtemps que moi disent que c’est plus pareil, la compétition est rendue féroce. Si les tarifs ont pas tant baissé, c’est le sacro-saint Girlfriend Experience et une pression à offrir toujours plus de services qui écoeurent.

On s’est fait jouer un cul

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Comme si l’affaire était arrangée avec le gars des vues, c’tencore la vieille gammick bureaucratique qui a étouffé l’affaire Sklavounos. La « stratégie pour prévenir et contrer les violences sexuelles » a eu toute qu’un effet. On est passé à un autre programme. Affaire classée. C’est coquet en asti. Leur varlopage était écrit depuis un boutte. Mais faut croire que le sens du timing, y’en a qui l’ont plus que moi.

Le principal fuck, c’est que l’secrétariat à la condition féminine pis les graines du parti libéral nous ont joué un cul. Ben sûr, ils parlent de mineures prostituées à tour de bras, mais, jamais dans leur document d’66 pages, yé question des travailleuses du sexe. As usual, le big picture s’est faite sans nous autres ; entre politicailleux pis abolos.

Quand le secrétariat à la condition féminine décide de ne pas utiliser l’expression « travailleuse du sexe », c’est pas une affaire linguistique. C’est politique. Ya des femmes comme moi, qui ont une expérience correcte, voir même positive de l’industrie. Je parle ici de celles qui font le choix de travailler en agence ou comme indy. Mais, y’en a des plus éraillées. Pour elles, la prosto, c’a été quelque chose d’hardcore. On les appelle les survivantes.

C’est vrai que c’est dégeulasse, les pimps qui exploitent des mineures en série. Qu’il faut lutter contre ça. Sauf qu’il faudrait arrêter d’penser que les méchants portent toutes des manteaux d’fourrure pis des hoodies trop cher. Autrement dit, y’a toute une trallée d’hommes qui « vivent des fruits de la prostitution ». J’pense à ces wanna be cool dudes qui, dans le privé, s’avèrent être des raclures. Ces visqueux qui vargent sur leur blonde à grand coups de poings ou d’humiliations. Dis-toé ben qu’ils ratent jamais une occasion d’profiter du cash de leur sugar mommy parzemple. Ben sûr, il y a des exceptions, mais les histoires d’amour des professionnelles se passent mal en général.

Non, c’est pas une job comme toué autres. You know…Passque pour nous, la violence, c’est pas rien qu’un risque statistique. Y’en a pour qui c’est in your face everyday. Puis, ya tout ce petit crisse de mépris ordinaire qui nous pousse à vivre tapis dans l’ombre de notre putain d’clandestinité.Reste que, quand j’entends les histoires Tinder-horreur de mes chummes de filles, j’me dis que la communauté du online dating aurait crissement intérêt à s’inspirer d’nos pratiques de sécurité.

There are too much of shitty dudes gavés de mauvaise porn, who get used de s’crosser en watchant des sites d’escorte. Trop cheap pour en payer une, mais tellement fru de pas avoir leur nanane. C’est par dépit qu’ils se tournent vers les applications de rencontre en se comportant comme des jambons suprêmes. Sont laites. Tant de l’intérieur que de l’extérieur. Pis, ils trouvent le moyen de v’nir dans leur culottes en traitant les femmes sur ces réseaux comme d’la marde.  Comme si c’était des scabs gratisse. Y’en a aussi qui sont carrément violents. M’ssemble que ces ceeepy guys mériteraient de s’retrouver sur une black-list. En ce qui me concerne les Johns me traitent avec pas mal plus de respect que ça.

La société suce plus que moi

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L’autre soir, j’étais chez l’autre. La pute féministe. Celle qui own the shit pis qui aide ceuzes qui en arrachent au lieu de les écraser. On déprimait sul sort des élections américaines. C’est un peu sorti de nulle part, entre deux shooters, qu’ m’a sorti ça :

« Y’a pas juste les politiciens, tout le monde s’en fout de nous ! Quand tu dis aux gens que t’es TDS, ils oublient que t’es un être humain. Si demain je meurs dans un accident d’auto ou dans une autre circonstance un peu spectaculaire et qu’il y a un topo aux nouvelles, ils diront pas qu’une femme est décédée. Ils vont dire qu’une pute est morte dans des circonstances nébuleuses. »

Ce soir, là, Trump a gagné, pis ma chumme était triste as fuck. Ya pas à dire, ces temps-ci, la société suce plus que nous deux réunies. C’est vrai qu’elle est trash en esti l’ironie derrière le fait que la first lady des States soit une ancienne pute. Surtout quand on sait que c’est illégal pour toute personne qui a fait le plus vieux métier du monde dans les 10 dernières années d’y poser les pieds. Je sais que par icitte, on aime ça s’frotter le chest en s’disant qu’on est ben fiers d’être québécois. Mais, faut avouer que dans les faits, on donne pas notre place. Une belle gang d’hypocrites vendeurs de chars usagés de la social liberal democracy. Toute c’t’e misogynie r’foulée sous l’archétype du bon gars keb revient vite en maudit quand c’est le temps de s’attaquer aux vraies affaires.

Tu me diras que je suis cynique, mais le traitement de l’affaire Sklavounos m’a pas étonnée. Pas plus que toutes les manigances qu’ils ont faites pour étouffer l’histoire. À limite, j’me suis dit que c’était dans l’ordre des choses que le secrétariat à la condition féminine nous en passe une p’tite vite en fesant comme si on existait pas. On peut pas compter sur les politicailleux pour nous protéger. Les fuckers qui ont le pouvoir sont de mauvais clients. Ils préféreraient pouvoir nous violer gratisse. Tout le temps. Ça empêche pas qu’ils nous bookent en saint-sacrement. Everybody knows ! Pis tout le monde s’en crisse…C’est un peu ce que je veux dire quand je dis que j’ai écrit ce texte contre toute espérance.

Mais, tant qu’il me restera de la colère pognée dans l’fond d’la gorge, yaura c’t’énergie du désespoir pour me t’nir. Une sorte de désespérance between le milieu féministe et l’industrie du cul. Sauf que  jusqu’ici, les débats volent pas haut. Something is going wrong en bout de viarge. Talleur, j’te parlais de c’t’e kind of war contre le deuxième sexe.  Rendu là, caisse qu’on fait ? Messemble que ce serait déjà un début si les putes et les féministes se posaient d’autres questions que « t’es tu pro-sexe ou abolo ? ».  Talking about la défection du minuscule quotidien comme disait Josée. Jaser de conditions de travail, de viol, de pauvreté, de comment lutter ici et maintenant.

Corine Lespérance

Je meurs d’infractions

pour la non-encore imaginée

qui se vit de crises de pectine.

Fascinée par Elle, la chienne de l’hôtel Tropicana,

putain de pierre crisco, savon et litière, une dislocation

révolutionnaire.

Les dents jaunes comme son journal, pour elle, la police

prend un verre

en enquêtant pour savoir

qui a volé les petites culottes de la danseuse.
  • Josée Yvon, la chienne de l’hôtel Tropican

     

     

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SOURCES

http://www.ledevoir.com/non-classe/482821/allegations-d-agressions-sexuelles-gerry-sklavounos-insistant-deplace-et-cruiseur

http://www.scf.gouv.qc.ca/fileadmin/publications/Violence/Brochure_Violences_Sexuelles.pdf

http://iris-recherche.qc.ca/publications/austerite-femmes

 

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