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FAUT QUE J’ME POUSSE

J’ai pas d’filtre…

Trop explosé sua’ face du monde.

 Trop été Corine.

Trop écris. Trop toute. Toute arrêter !

Faut que je me pousse
Y a rien à faire
Toute me donne la frousse

Je mène un train d’enfer

https://www.youtube.com/watch?v=ZMXIKwKoFNg

Eu ben du phone. Pis du fun.

Poing comme……

MAIS

Pousse pas ta luck. Ok beubé !?!

T’as besoin d’un break.

L’autre, yé tanné.

Jean N’arrache.

 On crisse tu not’camps   !?!

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ÊTRE EN SPÉCIAL !?!

C’tait le début de l’hiver pis j’avais déjà l’impression qu’il était là depuis trois éternités. Un hiver de cul. De vaurien. De fin de la fin. Rendu là, c’était pu rien qu’un hiver de force mais de gros frette. D’hibernation totale. D’agonie stable. J’travaillais dan’une shop à sexe depuis un mois pis à l’approche du temps des fêtes,  ma proxénète, la Margaret Thatcher des putes a eu toute qu’une idée: nous mettre en spécial…

J’avais travaillé toute la nuite ; pas comme pute mais su’mes autres histoires de gribouillages. Pas assez dormi dans l’matin. Bu du café cheap pis r’travaillé su’ mé grands projets ben trop d’bonne heure.

https://coucoup.bandcamp.com/track/agonie-stable

4 h de l ‘aprèm, je reçois l’texto de la Thatcher.

«Suite à la consultation effectuée, nous allons appliquer le spécial plus tôt que prévu. On commence ce soir. Les heures passent de 140$ à 100$. Mais vous allez faire plus d’argent parce que avec le spécial, vous allez faire le triple de clients».

Tout d’un coup, on passait de 140 à 100 piastres l’heure… Du grand Margaret Thatcher ! Ça te pose une question pour avoir l’air démocratique, ça t’donne même pas l’temps d’répondre pis anaway, ça s’en crisse de ton avis. Pis, veux-tu ben me dire qu’est-ce qui s’rait arrivé si j’avais répondu «Non». A m’aurait dit  «Fais pas ta princesse» pis elle m’aurait clairé pour trois semaines, le temps de m’rendre plus docile !?! Ça fait que j’ai fermé ma yeule.

Au moins, à soir, je travaille avec Marie Madeleine pis Suzie. Suzie, j’t’en ai parlé l’autre jour. Marie, c’est une récep’, une de mes chummes. C’est moi qui l’a fait rentrer ya un mois. Une fille crissement généreuse mais ben dans’ marde. Ça fait dix ans qu’elle vit au Québec pis ça fait un p’tit bout qu’elle est sans statut. Pas besoin de te dire que ses perspectives d’emploi icitte sont pas trop glorieuses.

En tant que réceptionniste, elle est responsable de not’ sécurité, de garder l’argent pendant la soirée, de faire le lavage, de publier les annonces et gérer les appels pis les rendez-vous. Pour 10 fucking piastres de l’heure. 10 piastres de l’heure pour répondre à une trallée de calls et de textos avec tact à des libidineux cheap qui essayent constamment de barguiner nos services à rabais. Mais avec elle, on se sentait ben. On se sentait en sécurité, on se sentait respectées. De par sa résilience et son cœur immense, elle avait réussi à instaurer un climat de solidarité entre les filles.

5 H
J’arrive un peu en r’tard à’ shop mais pas assez pour pogner une amende. Quand t’arrives avant 5h15, t’as l’cul bénit. Sinon, c’est 20$ l’heure de retard ou 60$ le shift manqué.

Suzie était pas encore arrivée, mais y’avait du monde dans’ cabane en maudit. Les deux chambres étaient occupées. Je l’ai compris rien qu’aux sons que j’ai entendus en rentrant dans l’salon. Délice est restée faire de l’overtime pis ya une nouvelle aussi. Caroline.

Well, ça fait que je m’installe dans l’salon pour m’épiler les sourcils pis me mettre du cutex. Crisse de contexte de pas d’allure pareil… Avec Marie-Madeleine qui est en train de mettre des annonces pendant que la Thatcher est là pis qu’à continue de jacasser. Je comprends pas pourquoi elle reste là ? Juste pour être certaine qu’il y ait trop de monde dans’place pis que ça devienne irrespirable ben comme il faut ?

A m’explique qu’avec le spécial, ça va rouler plus, ça fait qu’a’ l’a décidé de nous booker à 3, question d’être ben certaine de faire la piastre.

MARGARET THATCHER : Comme Suzie est plus en demande, on va l’installer dans la grande chambre . Toi et Caroline, vous allez partager la p’tite. T’as quelqu’un à 6h, il voulait voir Suzie mais comme vous avez les cheveux noirs  et que vous êtes fontaines toutes les deux, on va essayer de lui en passer une. Tu prendras la grande chambre pour le premier. Après tu as André à 7h. Donc va falloir que tu te prépares dans le salon en attendant.

Diviser pour mieux régner pis essayer d’imposer des primes au rendement. Le capitalisme du cul, c’tait difficile de l’avoir plus dans’ face que ça.
C’est quelques minutes après, pendant qu’j’étais ben concentrée à essayer de réparer les grosses coulisses mauves de cutex su’ mes ongles, que la panique a pogné dans’place.
MARIE-MADELEINE : Ah ben Tabarnak!

Je me retourne et j’aperçois le triste spectacle. La Thatcher qui se dandine dans l’salon surpeuplé, les boules à l’air pour essayer d’attirer notre attention.

MARGARET THATCHER : Ben là, je me promène les boules à l’air depuis tantôt pis vous réagissez pas !

MARIE-MADELEINE :  Désolée, j’ai de la difficulté à faire deux choses en même temps.

MARGARET THATCHER : Ça fait 3 jours que je dors à l’agence parce que ça va mal avec mon chum. À soir, je vais rentrer à la maison. Au moins, ce qui est positif dans ma déprime, c’est que j’ai maigri.

MARGARET THATCHER : Je serais due pour une sortie entre filles. C’est pas parce qu’on travaille ensemble qu’on peut pas avoir du fun ensemble, kin. On pourrait aller prendre un verre, ou voir un spectacle ! (……)

Malaise monumental. Nous’autres, on fait comme si de rien était. Comme si on avait rien vu. Rien entendu.

6 H
Je vais prendre ma douche, j’me maquille pis je m’athèle. Je r’tourne dans le salon attendre le client. J’entends celui de Délice qui sort. J’ferme les paravents pour nous cacher…

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Ostie qu’elle est pas gênée. J’aime son approche. C’te femme là, c’est une véritable athlète. Une passionnée de la baise. Crissement brillante. Elle faisait une moyenne de 5 clients par jour. Des fois, 8 ou même 10.

Elle le raccompagne, flambant nue. L’embrasse et lui jase un peu sul’ bord de la porte.

Elle passe dans le salon.

DÉLICE : Heille salut ma belle ! Ça fait longtemps que je t’ai pas vue, t’as l’air en forme !

CORINE : Ah pas tant, sérieux. J’ai pas ben ben dormi. J’travaille trop dans mes autres affaires. Toi, comment ça va ?

DÉLICE : Pas trop pire. Je suis de r’tour chez ma fille.

CORINE : Ah oui, ’a quel âge, déjà ?

DÉLICE : 23 ans. C’est pas évident sérieux. Ça fait des années que j’ai pas habité avec. J’ai beau faire une job atypique, j’ai un mode de vie assez stable. R’tourner habiter avec une jeune adulte bordélique, pas évident, surtout quand c’est ta fille. J’suis tout le temps entre l’envie de la materner ou de péter ma coche.

CORINE : Astie que tu péterais ta coche habiter avec moi ! Je suis tellllllement bordélique !

DÉLICE : Pourtant, t’as l’air tellement zen. Bon je vais aller faire le ménage de la chambre.

Je retourne dans le salon.

Il est 6h30 pis mon client qui est toujours pas arrivé. Marie-Madeleine l’appelle. Il répond pas. Bon, ça ben de l’air que ça va être un no show.

C’était lourd quelque chose de rare dans le salon. À un moment donné, je me demandais si elle allait coller là toute la soirée la sacrement, mais elle a ben fini par partir.

7H

Je vais attendre le prochain client à porte. C’est un régulier, je sais qu’il chokera pas. C’est un drôle de bonhomme dans la 50aine. Marié, ben évidemment. Un geek. Un crisse de bon amant pis un client ben sympathique.

Ça cogne !

Je regarde par l’œil de la porte. C’est ben lui, ça fait que je le fais entrer.

ANDRÉ : Salut Trésor,
T’es belle mais tu sais que je te préfère tout nue ou toute habillée qu’en lingerie !

CORINE : Je sais ben, mais tu connais les règles de la maison !

Il m’embrasse comme dans un film de porno-confiture comme dirait l’autre. Celle-là qui en écoute le soir des fois quand a fini d’allaiter son bébé.

On arrive dans’ chambre.

Avec lui, la négo, c’est pas ben ben compliqué. Il sait ce qu’il veut, et il s’obstine pas sur services et les prix et il donne toujours un bon tip. Pis un meilleur là, comme c’est le spécial. Si tous les clients pouvaient être comme ça, ça s’rait malade.

Il ouvre son sac, il sort sa bouteille de k-y, une serviette pis l’cash qu’il dépose sur le lit.

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ANDRÉ: C’est pas facile de te voir depuis quelques temps. Tu n’as pas été à l’horaire pendant un mois et   maintenant tu es juste de soir. Moi qui ne vient jamais le soir, j’ai fait un spécial pour venir te voir.

CORINE : Ouais parlons-en de l’ostie de spécial ! Ben tu me connais un peu, j’ai une tête dure. On s’est chicané et je suis pas rentrée pendant un mois. Mais j’ai fini par «gagner,» en quelque sorte.

Il me lance un sourie complice. Je vais porter les bidous à Marie-Madeleine pendant qu’il prend sa douche.

Il revient deux minutes après. J’te dirai pas toué détails parce que tu vas me dire que c’est déjà assez long pis too mutch de même. J’va me contenter de te dire qu’il est à l’écoute de mon corps, de mes yeux. Il me chatonne et m’encule. Me pitone la cerise. Presque à chaque fois, il réussit à me faire complètement perdre la tête. Je m’abandonne. Je jouis tellement fort que ma chatte décharge. La Thatcher aime pas ben ben ça : ça salit les draps. Pourtant, elle me vend en mettant ça d’l’avant. La sacrement.

L’heure passe vite en criss. Mais dans un bordel, le temps c’est de l’argent pis les règles sont strictes en sacrement. Il les connaît. Il sait quand il faut s’en aller.

Il m’embrasse tendrement avant de prendre une douche et de s’rhabiller. Je le raccompagne à la porte.

Je vais prendre une douche.

8 H

Suzie est arrivée. C’te fille là, c’est une vraie warrior, mais de c’temps-là, elle a pas trop trop le goût d’rentrer. Mais a’ pas trop le choix. Elle a des gros problèmes de santé et c’est pas évident de faire un boulot «normal» pour elle.

Elle a un client qui l’attend depuis 30 minutes pis est pas prête pentoute. Marie-Madeleine nous rejoint. Elle prend un verre avec nous et continue de gérer les textos.

MARIE-MADELEINE : Le mec de ton rendez-vous, il arrête pas de me texter. Il dit que si tu n’es pas prête dans 15 minutes, il va s’en aller à la maison. J’imagine que sa femme l’attend pour le souper.

SUZIE: Il va me prendre comme je suis là ou il va attendre que je sois prête sacrement !

MARIE-MADELEINE : Je lui dis d’aller rejoindre sa femme ?

Tout le monde éclate de rire. Ça détend… Yétait temps.

MARIE-MADELEINE :  : Sans blague, je lui dis plutôt «Désolé, ce sera pas possible ?»

SUZIE : Non, non, s’correct, j’va être prête dans 10 minutes !

Marie Madeleine retourne au salon et reviens quelques minutes plus tard.

MARIE-MADELEINE :  : Bon, c’est l’heure !

SUZIE : Correct, donne moi deux minutes pis je suis prête.

Elle enlève son t-shirt pis ses culottes de joggings, sa brassière sport pis ses bobettes en cotton. . Elle regarde son tas de linge à terre.

SUZIE : Pas l’temps d’trouver des bas de nylons qui sont pas tout scratschés, on va y aller tout’ nue avec une serviette ! Ya tu de quoi de plus GFE que ça sacrement !

J’la laisse finir de se préparer pis j’r’tourne dans le salon rejoindre Marie-Madeleine et Caroline.

Le spécial, ça roule fort en maudit j’te dis. Le téléphone dérougit pas. Ils veulent toute profiter de l’ostie de spécial. Mais mettons qu’ya pas rien que des bons clients là-d’dans. En fait, c’est le genre de stratégie marketing qui au contraire, vient grossir le troupeau d’caves.

Ya aussi toute une vaste étendue de jambons qui essaient de négocier nos services à rabais. Mais Marie-Madeleine, elle sait quoi leur répondre pour leur fermer la gueule. Leur clouer le bec. «Toi, quand tu vas chez IGA, t’essaies-tu de négocier ta facture à rabais ? Non ? Bon ben c’est pareil icitte ! » D’habitude ça faisait rire les bonhommes et ça se traduisait parfois en rendez-vous.

9 H

J’avais prêté mon téléphone à Caroline pour qu’a parle à son chum. C’est pas que ça me dérangeait, mais je trouvais qu’il avait l’air rushant à toujours vouloir être en contact. En même temps, j’me disais…

«C’est sa première journée. C’est normal qu’elle soit insécure et qu’elle ait besoin de parler à du monde en qui elle a confiance. Tant mieux si son chum est cool… Mais je sais ben que la plupart des gars sont fucking jaloux. Anaways, c’pas de tes affaires la p’tite»

Pendant c’temps-là, j’essayais de me concentrer sur mes lectures. C’est pas parce que c’est mauvais, mais dans tout ce barda, c’est pas évident de se concentrer.
MARIE-MADELEINE : Tu serais prête à faire un duo avec Suzie ? Pas un show de lesbienne là. C’est pour un outcall, deux gars dans le Vieux-Montréal.
CORINE : Avec Suzie ? Why not peanut !?

Je prends un dernier verre de vin, avant d’aller à la douche.

11347815_466537266840688_1038265533_oJe vais dans la chambre pour m’attriquer. Caroline vient me rejoindre pour prendre ses cossins dans la garde-robe.

CAROLINE : Tu as du crayon noir ?

CORINE: Oui mais je sais pas comment en mettre.

CAROLINE : Je peux t’en mettre si tu veux.

CORINE : Vraiment ? Ça serait vraiment cool !

Elle m’a mis une belle ligne noire sue les yeux. Ya quelques années, j’essayais de faire ça toute seule, mais j’ai fini par lâcher prise. Chu pas ben ben bonne pour me maquiller. Kessé tu veux que j’te dise. Je tremble tout le temps. Quand j’ai une ligne noire sur les yeux, c’est parce que c’est l’autre qui l’a faite. Mais Caroline était meilleure que les autres. Je trouvais ça cool. Pas juste parce qu’elle me maquillait, mais parce que ça me permettait d’apprendre à la connaître un peu plus en même temps.

Elle m’a montré son nouveau tatou su’ son cou. Le nom de son chum. Tu me diras que je suis rien qu’une fémininazie frustrée, mais moé, j’ai pas aimé ça voir ça. Elle a beau me dire qu’elle file le parfait bonheur et l’amour total, j’ai l’impression qu’elle est dans une relation pas si cool. Dépendance affective ? Contrôle ? Violence ? Je sais pas. Sérieux, je me demande même si c’est son chum ou son pimp.
Pourtant, ça d’l’air d’une fille brillante pis solide. L’ironie du sort, c’est qu’elle me raconte qu’avant, elle était en relation de couple avec une femme. Remarque, ça veut pas nécessairement dire que c’est plus égalitaire pour autant parce que c’est une femme. Anaways, je la connais pas encore vraiment cette fille là, mais toute cette histoire vient me chercher jusque dans le fond des tripes.

10 H

C’est pas souvent qu’on faisait des outcalls à l’agence. Parce que c’était pas notre spécialité, mais surtout parc’ que que nos chauffeurs, c’était de la pure marde. Faut dire que quand tu regardes les conditions de travail de c’te monde-là, tu t’étonnes pas d’avoir de la m’zère à recruter du staff qui ait de l’allure.

Pour faire un call, ils sont payés 30$. Quand la Thatcher recrute le monde, elle leur dit qu’ils sont payés 30$ de l’heure, mais en réalité, c’est pas tout à fait ça. C’est plutôt 30$ pour une heure 30, pis il faut que tu fournisses ton char. C’est pas comme donner un simple lift. T’es responsable de la sécurité des filles. Si ya une badluck, c’est toi qui doit gérer la shit. Qui doit intervenir. Pis t’as aucune stabilité d’emploi. Aucun shift, aucun call garanti. Pas une crisse de cenne de garantie.

En plus depuis décembre  avec le bill C-36, ya pas juste les clients, les pimps et les proxénètes qui peuvent se faire arrêter. Ya aussi les employéEs d’agence comme les drivers et les récep’ qui peuvent se faire arrêter. Tant qu’à moé, c’est ben des risques pis du trouble pour pas tant d’cash. Ça fait que tu t’étonneras pas d’apprendre que dans le contexte, c’est souvent des gars chauds qui acceptent le mandat.

Ce soir là, en désespoir de cause, on avait recruté un ami de Suzie. Yetait ben fin, presque à jeun, plein de bonne volonté, mais sacrement, j’ai rarement vu un driver qui connaissait aussi mal Montréal. En taxi, ça aurait pris 10 minutes. Bon ok p’tête ben 15. Toujours est-il qu’on était pris en plein trafic un soir de game avec un chauffeur visiblement écarté. Il était stressé. Il voulait pas de mes conseils. Ça fait que je l’ai laissé tourner en rond pis j’en ai profité pour jaser un peu avec Suzie.

De ses grands projets. Elle a beau être malade pis dans’ marde, ça l’empêche pas d’être pleine de vie pis d’espoirs. J’te donne pas trop de détails sur ses histoires, mais tu s’rais tellement étonnée si tu savais. Comme de toute les autres. De c’qu’on peut faire en dehors de not’ vie d’pute.

11 H

On a fini par arriver là à 11h alors qu’on devait arriver à 10h15. Yetaient impatients de nous voir quelque chose de rare. Un en particulier parce qu’il avait déjà vu Suzie dans le passé. Mon œil de lynx de l’Est a tout de suite catché qu’ils étaient beurrés ben comme’ faut. Saouls et probablement poudrés. C’était une place chic comme pas possible. Un genre de condo de luxe.

Ils nous ont offert du vin et on a jasé un peu avant de s’attaquer aux choses sérieuses. J’ai appris que c’était des cousins. Ils habitaient pas dans la même ville et pour eux, c’était un genre de rituel sexuel habituel. Ils voulaient baiser. Pas ensemble, mais un à côté de l’autre et changer de fille. Je trouvais ça ben spécial leur trip familial, mais j’ai essayé de pas trop en faire de cas.

Ça a pas été ben ben long que j’ai compris que ces gars là avaient regardé trop de mauvais films de culs. Toujours est-il qu’on a commencé à baiser dans le salon. Sul’ divan. Tout le monde tout nu. Tout le monde pas loin. Changeant de partenaire. Comme un set callé. Comme qu’ils l’avaient callé… Yavait quelque chose de pas naturel et de trop mécanique. Comme si les gars essayaient de faire de la grosse performance sexuelle, mais yavaient le corps crissement affaibli par ce qu’ils avaient pris. Terme poli pour dire qu’ils avaient des-semi croquantes comme dirait l’autre. Celle qui est partie fonder une famille en Saskatchewan.

Suzie a hérité du gars qui trippait sur elle moi du gars encore plus pété que l’autre. On est rentrés dans la chambre. On a jasé un peu. Je lui ai fait un massage.

SEMI-CROQUANTE 1: Merci, ça fait vraiment du bien. Je pensais pas que tu faisais ces choses-là. J’ai vu sur le site web que tu fais de la sexualité anale aussi.

CORINE : T’es drôle toi ! Donner de la tendresse et être à l’écoute de l’autre, ça fais partie de la sexualité. Ça m’arrive de faire du sexe anal. mais il faut être en forme et bien bandé pour que ça fonctionne. Là, parti comme c’est là, le mieux que je puisse faire avec toi, c’est de te caresser avec du lubrifiant. Boire trop, c’est jamais bon pour le sexe sérieux. On peut aussi juste se coller pis jaser si tu veux.

Il me souris.

On a continué à jaser. Il m’a parlé de sa job, de sa vie, de sa famille. C’te gars-là transpirait le désespoir, la souffrance pis le mensonge. J’ai cette capacité à capter les gens. Surtout leurs malheurs et leurs mauvais côtés.

MINUIT

En principe, quand tu fais un outcall, t’es supposé régler la question du cash au début. Après ça, t’appelle le chauffeur pour confirmer pis eux autres t’appellent 5 minutes avant la fin du call. Sauf que c’fois-là, on s’était organisé en bottine pis c’est l’cas de le dire. Moi, j’pensais que c’était Suzie qui s’occupait de gérer pis elle pensait que c’tait moi. On a oublié d’appeler le driver pis j’avais laissé mon téléphone sur silencieux.

Marie-Madeleine, elle est ben fine, mais elle est un peu protectrice. Dans c’te genre de job là, c’tune crisse de belle qualité. Pendant que je me rhabillais, j’entendais sa conversation avec l’autre semi-croquante.

L’AUTRE SEMI CROQUANTE : Tu peux pas me faire une heure de plus à un prix spécial ? J’ai dépensé beaucoup d’argent hier avec d’autres filles parce que je cherchais Suzie.

MARIE-MADELEINE : Écoute mon ami, si t’as tout dépensé ton budget pute et que t’as peur que ta femme s’en rende compte, c’est pas mon problème. Si les filles sont pas avec le chauffeur dans 5 minutes, c’est moi qui rapplique.

L’AUTRE SEMI-CROQUANTE : Ça serait peut-être le fun, t’as une belle voix.
MARIE-MADELEINE : Je pense pas que t’as envie que je débarque où vous êtes parce que s’y j’y vais, c’est pour te péter la geule pis tu la trouveras pas drôle !

Le bonhomme a eu peur en criss. On a pris le cash pis on est parties.

1H 

Le chemin du retour avec le chauffeur a été long mais moins pire que l’allé. On est revenues à l’agence à une heure moins quart. En rentrant, on a jasé un peu avec Marie-Madeleine.

Caroline était partie. Elle avait fait le ménage de la p’tite chambre. Suzie et moi, on a fait celui de la grande. Ça veut dire changer les draps. Vider et laver la poubelle. Mine de rien, une poubelle pleine de sparme, ça devient vite dégeux.

À la fin de la soirée, la récep’ fait toujours deux enveloppes. Une avec le cash de la Thatcher, et une pour nous. Le moment terrible et inévitable ou tu te rends compte que la proxy fait toujours plus de cash que ses filles. En temps de spécial pis à rouler à trois c’tencore pire. Moins de cash dans nos poches. Plus dans les siennes.

Suzie pis moi, on compte nos enveloppes. Suzie a l’air en tabarnak. Ça se sent, pis ça s’entend.

SUZIE : J’haïs ça m’engeuler avec toi, mais il manque du cash dans mon enveloppe. Les outcalls, on les fait pas au prix spécial. On a eu 180$ chacune. Je veux ben croire qu’on a donné 30$ au chauffeur, mais je vois pas pourquoi tout l’cash d’extra r’viendrait à la proxénète.

CORINE : En plus sacrement, avec tout le temps qu’on perd dans les déplacements et qu’on prend plus de risques, ça serait juste la moindre des choses et de la logique que ce soit à nous que c’te cash-là revienne!

MARIE-MADELEINE : Écoutez les filles, je sais trop bien que c’est absurde mais c’est comme ça qu’elle m’a dit de faire les enveloppes…

SUZIE : Come on Marie ! Donne nous l’cash pis dis-y qu’on te l’a jamais donné. Anaways, c’est simple, moi si c’est pour être de même, j’va juste arrêter d’en faire des osties de outcalls !

On a continué à jaser. Avec tout ça, on est partie d’la shop à deux heures du matin.

APRÈS

Avec Marie-Madeleine, on est allées à la taverne prendre quelques bibines. Pis de la forte à part de d’ça.

MARIE-MADELEINE : J’dois te dire. J’ai fait comme si de rien était, mais j’ai toujours du mal à digérer le coup des boules de la Thatcher.

CORINE : Misère humaine, c’est l’mot ! Elle est débile à ce point-là ? Elle est en train de me dire qu’elle baisse mes conditions de travail et elle voudrait que je m’attendrisse devant ses boules parce qu’elle va pas ben. Ah pis je me demandais, c’est moi ou elle est un peu sur la cruise avec toi ces jours-ci ?
MARIE-MADELEINE : En même temps, des fois, j’ai l’impression qu’elle me manipule pour me convaincre de faire un trip de cul avec elle pis son chum pour essayer de le reconquérir.
CORINE : Oin…c’est ben possible, mais des fois je me demande si est plus brillante qu’on pense. C’est peut-être une game. Une aut’façon de s’asseoir sué’filles avec son ostie d’pouvoir.
On est parties de là pas mal paquetées. Il neigeait pis il faisait frette que le crisse dehors. On a pris un taxi. Je pense que Marie était plus saoule que moi. Elle essayait de convaincre le chauffeur de travailler pour l’agence. Elle est effrontée, mais ça marche ses affaires. Yont échangé leurs coordonnées. Aussitôt la transaction de numéros faite, elle y demande de s’arrêter. Elle a ouvert la porte pis elle a crié après un gars qui marchait dans’ tempête.
MARIE-MADELEINE : Hey, tu vas-tu dans l’est ? Embarque donc !

Le gars avait l’air crissement gêné et il avait pas trop l’air de comprendre non plus. Mais il faisait tellement frette qu’ya décidé d’embarquer ak nous autres.

La situation était cute pis surréaliste en même temps, mais moé j’pouvais pas m’empêcher de penser à l’ostie de spécial.  Concrètement, a’nous enlevait 20$ de l’heure. Tu vas me dire que c’est pas grand chose quand tu fais autant de cash. C’est peut-être juste 20 piastres de moins, mais c’est surtout l’impression d’être en spécial qui tue

C’est un peu comme si les employés  des grandes chaînes avaient une baisse de salaire la journée du boxing day. Ok, c’est pas exactement la même chose, mais, ça reste n’importe quoi. Pis laisse moé t’dire qu’être en spécial, c’est loin d’être la gloire. En fait, au-delà du cash, C’est vrai qu’il y a eu des journées payantes pis que les bons clients compensaient en nous donnant plus de tip. Mais une chose est certaine, j’comprendrai jamais comment un être humain peut en mettre d’autre en spécial. Sérieux Margaret, comment tu fais pour dormir ? Pour te r’garder dans l’miroir sans avoir honte de toé ?

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Dur Dur d’Être Une Indy Au Pays Du Grand Prix

Pendant que l’industrie du sexe s’écartille en vue du Grand Prix d’Mourial, ça d’lair que moéssi j’essaye de mettre mon cul sua map.

Ça fait quelques mois déjà qu’j’ai lâché la Thatcher pis que j’travaille comme indépendante. Au début, c’était un peu bancal mon affaire. Mais depuis un mois, j’me suis regroupée avec une crisse de belle gang de filles. Un genre de coop. Rassure toé, c’est rien de comparab’ avec la Thatcher, mais n’empêche….Travailler comme indy, ça reste drainant en esti. D’une autre façon. Je t’expliquerai tout ça ben assez vite dans un autre texte.

(suite…)

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Et si on faisait la grève du sexe, t’imagines le bordel que ça pourrait créer !?!

Je m’appelle Corine Lespérance. Je suis une enragée à temps plein, et une écrivaine raté à temps partiel.  Une passionnée. Une excessive. Une féministe à tendance anti-capitaliste. Un pilier de taverne et une crisse de folle pour certains. Jusqu’à récemment, je travaillais comme escorte dans une agence de incall. Un genre de shop à sexe. Comme j’ai une grande gueule, à l’approche du premier mai, journée internationale des travailleuses et travailleurs, j’ai décidé d’écrire sur mes conditions de travail et mes fantasmes de lutte des classes. Écrire, c’est pas grand chose. Pis j’le sais trop ben. J’aurais préféré avoir les lèvres de lutter, de faire la grève et foutre le bordel, le vrai, avec mes collègues putes.

(suite…)

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Ya Comme un Lendemain de veille de Gran Prix Dans L’Fond D’La Yeule

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Vendredi soir, cht’allée avec ma chumme de fille aux danseuses. Pas n’importe ou, au Café Cléopâtre. D’habitude, c’est ben plus swell que dans les autres clubs. Parce que c’tun cover charge contribution volontaire pis qu’ya toute sortes de femmes qui travaillent là. De toué âges, de partout pis de toué tailles. Mais c’te soir là, c’était la folie. Le Grand Prix…..Les filles étaient occupés pis fatiguées comme s’pa possible.

Ma chumme passait son temps à r’garder la réaction des bonhommes face à nous’autres. Deux filles ensembles dans un bar à toton, ça donne pas toujours les réactions les plus glorieuses chez les monssieur. J’imagine que c’tun peu l’équivalent pour une femme des années 40 quand qu’à rentrait dan’une taverne. Moi, j’étais trop pris par mes réflexions pour r’garder l’show. Le Grand Prix tant qu’à moi, c’est pas représentatif de l’industrie du cul. Pas de celui de l’escorte en tout cas. Mon quotidien de travail, s’pa la Cressent.

Dans les derniers jours, ya eu beaucoup des textes qui donnaient la parole aux travailleuses du sexe dans les médias et sur les internets.

http://www.journaldemontreal.com/2015/06/04/le-mythe-de-la-fin-de-semaine-payante

http://plus.lapresse.ca/screens/bd378cb1-6f00-4c35-b810-41d547cc0802%7CxXgIX.pcx75Y.html

http://www.lapresse.ca/actualites/montreal/201506/03/01-4874951-grand-prix-des-groupes-denoncent-lexploitation-sexuelle-toleree.php

T’es as lu avec intérêt. Pis t’as compris qu’on n’est pas toujours d’accord.

Mes collègues de travail, c’est pas des barbies doll comme qu’on voudrait t’laisser croire. Pis même celles qui vont travailler au Grand Prix sont pas plus connes et plus salopes que ta mère ou ta sœur.

J’ai mes limites et elles avec. Moi, caresser et faire du sexe anal avec les clients, ça fait partie de la job. Pour d’autres, c’est impensable. J’ai déjà été serveuse. Souvent en fait. Tu vas p’tête trouver ça débile, mais j’avais crissement plus l’impression d’être objectivée par le boss pis les clients dan’un resto que comme escorte. Ça, c’est moi. Pour d’autres, c’est ben différent.

Dans l’industrie de la puterie comme partout ailleurs, on nait pas égales et parfois on en crève.  L’important dans toute ça, c’est de reconnaitre ses privilèges, d’être solidaire pis de respecter les limites de chacune. D’être solidaire. Solidaire point comme dirais l’autre. Celle qui milite dans les droits des TDS dans le Hood. C’te semaine, elle a écris un ben beau texte. J’ten balance un extrait.

Si elle veut arrêter, accompagne-la dans ce sens-là. Si elle veut continuer, accompagne-la dans ce sens-là. Trouve avec elle des solutions sur mesure pour améliorer ses conditions de travail. Pour qu’elle soit en sécurité. Après, tu viendras me dire que tu es solidaire. Pas solidaire de ceux qui pensent comme toi. Solidaire. Point.

http://metropaul.blogspot.ca/2015/06/tu-dis-prostitution-je-dis-travailleuse.html?zx=557bb5a2b5aa3325

C’est pas la première fois que j’ten parles. J’ai a’chance d’avoir les meilleures amiEs du monde. J’peux leur parler de ma job sans tabou. On jase de la Thatcher, des clients pis de la différence comme Indy. Eux autres ils me parlent de leur C.A. de marde ou des coupures auxquelles leur organisme fais face. Bref, on se parle de not’vie. De not’job.

J’écris ça juste de même, parce que j’me dis que toi aussi, t’as peut-être une TDS dans ton entourage pis tu l’sais juste pas. Dans tes amiEs. Dans ta famille. Peut-être même ta blonde….

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GOODBYE MARGARET THATCHER

Si t’as lu mon premier texte, t’auras compris que ch’suis loin d’être un enfant d’cœur. Tâter le mal prévoir le pire, comme dirait wd-40, c’tun peu ma philosophie de vie. La machine à faire des mauvais choix, c’est moi. Ok ok. J’exagère. Spa toujours écœurant mon affaire, mais par boute, je fais aussi des bons mouvs. Crisser mon camp de chez la Thatcher, s’en était un pas pire.

(suite…)